Ecrire pour le tubax

 

Le tubax est un saxophone contrebasse de petite taille (humaine?), sonne 1 octave plus bas que le sax baryton, et  s’écrit en mib lui aussi.


Il joue donc du réb grave de la contrebasse 5 cordes (pas de do, désolé) au la 5° ligne de la clé de fa.

Avec une extension (flageolet key) prévue sur une quarte, ce qui lui donne en plus la tessiture entière du sax basse (disons 3 octaves).

On peut bien sûr jouer BEAUCOUP plus aigu, mais c'est plus aléatoire.


La notation :


Comme tous les saxophones, en clé de sol, transposé en mib (2 octaves et une sixte majeure au-dessus des sons entendus) : écrire en clé de fa octava bassa, comme la contrebasse, puis changer pour une clé de sol en transposant d'1/2 ton vers le haut les altérations devant fa do et sol. Sur Finale, écrire en clé de fa octava bassa, transposer une 6te majeure + 1 octave vers le bas, +3#, et choisir une notation en clé de sol octava bassa (on peut ainsi faire jouer à la bonne tessiture).


Ce qu’on attend d’ordinaire d’un instrument grave :


Une certaine ampleur (voire de lourdeur) dans le jeu, des graves ronflants et majestueux La perception “physique” du son : on peut faire ressortir la colonne harmonique par un balayage de gorge mettant en évidence les différents partiels (sur sib grave par exemple).

Les vibrations graves, si elles sont forcées (en ff) deviennent perceptibles séparément, presque comme un rythme : on perçoit le claquement de l’anche contre le bec.

Les attaques dures de type “slap” sont très naturelles et donnent un grande lisibilité à l’amorce du son.  De nombreux musiciens font le choix “esthétique” de ne jouer que de cette manière sur les sax graves.


Cependant, la richesse de ce saxophone, c'est précisément sa palette de nuances, d'attaques et de couleurs, et son ergonomie parfaite. Là il y en a pour tous les goûts, vraiment !


Nuances :

On peut maîtriser toutes les nuances du ppp au ff sur presque toute la tessiture. Y compris dans l’extrème grave, ce qui est rare au saxophone.

En notes écrites, éviter le pp sur le la aigu (1 ligne au-dessus de la portée) car il fait “meuh” sur les crescendo. Sauf si on cherche cet effet (comme dans “Le soupir de la vache” de PA Charpy).

Le ffff est possible, mais se fait en timbrant beaucoup (surtout avec un bec classique). Il est donc moins intéressant que sur d’autres saxophones, qu’on choisira de préférence pour cette spécialité.


Palette d’attaques :

Enorme, puisqu’elle va du slap au lourré, en passant par toutes sortes d’intermédiares : staccato-piqué, trait-point, ...

La nature de l’attaque n’est pas nécessairement liée à la nuance : on peut faire un slap timbré pp ou du lourré f.

Le double détaché n’est pas impossible, mais pas simple à réaliser.


Palette de couleurs :

Ici, c’est souvent lié à la nuance. Le son peut être très détimbré, presque limité au fondamental dans le ppp. On peut jouer “subtone” dans la 2° moitié de la première octave, et même un peu au-delà.

En augmentant le volume, la colonne harmonique se remplit rapidement, allant jusqu’à des sons presque saturés (on peut d’ailleurs décrocher en “sons fendus” sur toute

la 1° octave).

On peut aussi obtenir des sons surtimbrés non saturés en chantant à l’octave ou à la douzième en jouant.

De manière plus traditionnelle, on peut chercher à faire sonner l’instrument comme une corde grave (contrebasse pizz ou archet, mais aussi basse électrique), comme un cuivre (trombone basse) ou un bois (basson).

Le tubax permet une grande finesse dans la gestion du phrasé, qui lui permet de jouer des pièces où on pourrait s’attendre à beaucoup de maladresse (Suites de violoncelle de Bach, par exemple, ou Ballades jazz)


Ergonomie de l’instrument :

Très bien conçu par son facteur, le tubax permet une très grande virtuosité digitale, comparable à celle des autres saxophones, mais supérieure à celle de la plupart des autres instruments graves.

Cependant il ne faut pas oublier que l’oreille, elle, est limitée dans sa perception fine dans les zones des sons très grave : il est donc possible de jouer plus vite que ce que l’oreille humaine peut discriminer. Il faut néanmoins que ce soit un vrai choix : adapter le tempo à la perception du son peut être un réel enjeu.

Autre point à prendre en compte, comme sur tous les saxophones, les clés de grande taillle entraînent un bruit percussif lorsqu’elles se referment. Leur perception est d’autant plus nette que le niveau sonore demandé est plus faible (rapport signal/bruit).


Effets particuliers :


Vibrato :

S’il est discret et contrôlé, il peut s’utiliser comme sur les autres saxophones comme couleur supplémentaire. Mais dans le grave, on le perçoit souvent comme une battue, un détaché particulier, s’il est un peu hâché.


Flatterzunge :

Pas plus difficile à réaliser que sur les autres sax. Néanmoins, dans la tessiture grave, on le perçoit difficilement comme tel, et il se confond avec les sons chanté-joués.


Slap :

Variante de détaché percussif, il peut être ouvert (avec ou sans cri), fermé, timbré, ... en détimbrant au maximum, on obtient un effet “plâtre” ... (comme en cognant sur cette matière). La longueur considérable du tube amplifie sa résonnance pour les slaps détimbrés.


Multiphoniques :

Curieusement, l'instrument est tellement stable que les multiphoniques sont difficiles à produire.

On peut "craquer" les notes de la 1° octave comme des “sons fendus” de clarinette (basse) et il existe quelques tierces jolies au-dessus de la tessiture officielle.

Mais globalement ce n'est pas le coeur de cible de l'instrument.


Microtonie :

De même, les 1/4 de tons et autres notes “intermédiaires” sont beaucoup moins évidents à produire par des doigtés que sur les saxophones plus aigus ... Des variations sont néanmoins possibles, mais souvent associées à une modification du timbre (puisqu’on doit beaucoup modifier l’embouchure), voire de la nuance.


Lâcher de bec :

Compte tenu de l’énergie en jeu et de la lenteur des vibrations, l’anche peut continuer à vibrer même si on lâche le bec en ouvrant la bouche, ce qui provoque un craquement saisissant. Il est même possible de rattraper le bec et continuer de souffler sons que le son se soit interrompu ...


Suraigus :

Extension du sol suraigu au si grâce à la clé dite de “flageolet” spécifique à l’instrument. Au-dessus, des possibilités sont très étendues mais de maîtrise difficile (5 octaves)...


Sons tambourins, bruits de clés et autres percussions

Les percussions de clés et autres sont particulièrement perceptibles en raison de la taille importante des clés et cheminées. Il faut néanmoins y adjoindre les bruits parasites générés par les longues tringles servant à piloter le complexe système mécanique qui transmet le mouvement du doigt à la clé, parfois très éloignée.


Particularités


Lâcher de bec :

On produit des notes éclatées en lâchant le bec : dans ces zones de vibrations lentes, l’inertie sonore permet d’ouvrir la bouche sans que le son s’arrête immédiatement, ce qui permet d’entendre un claquement d’anche étonnament puissant et agressif. Il est même possible d’ouvrir et refermer la bouche sans que le son se soit interrompu.


Effet naturel de “spatialisation”

Compte tenu de la répartition des clés de haut en bas de l’instrument sur 4 tubes parallèles, une simple gamme chromatique est perçue de manière spatiale, s’échappant de chaque nouveau trou ouvert, ce qui génère une spatialisation du son en fonction des tessitures. Ce qui complique également le travail de prise de son : pour l’enregistrement du CD “Saxophone Extrème”, l’ingénieur du son a utilisé 5 micros pour capter l’intégralité des sons émis par l’instrument ...




Le CD “Saxophone Extrème” présente une sorte de panel des possibilités acoustiques du tubax, dans presque tous les contextes possibles :


“Corps Noir convexe” de MH Fournier : Suraigus extrèmes, palette de slap, lâcher de bec, vibrato rythmique, virtuosité.


“Suite n°2 pour vc” de JS Bach :   phrasé complexe.


“Caprice en forme de Valse de P Bonneau  :  vitesse digitale extrème.


“Le cirque” de M Monnet   :   les slaps


“Clinamen” d’Aurel Stroë    La tessiture complète du sax contrebasse


“Maknongan” de Giacinto Scelsi   :   Jeux de timbres et de couleurs, surtimbré ...


“Tube et Axes” et “Low Blues” (par Fredéric Couderc) : le phrasé dans le jazz


“Vitrail” : improvisation sur des multiphoniques.


Enregistré en 2001 et publié en 2007. Il peut être commandé sur ma Boutique PriceMinister ou demandé via la page  contacts du site.

Cliquez ici pour accéder au site dédié au tubax construit avec l’aide de Woodbrass.com pour en savoir plus (répertoire, fabrication, interviews de compositeurs, ...) .

Cliquez ici pour accéder à une page d’exemples sonores insolites au tubax.