Kurt Weil à Pleyel

 

Kurt Weil à Pleyel

Anne Sofie von Otter, Soprano 
David Lefort, Robert Getchell, Ténors , Jean-Christophe Jacques, Basse, Geoffroy Buffière, Baryton-basse
Orchestre Philharmonique de Radio France
Karl-Heinz Gruber, Direction


Les Sept Péchés capitaux (1933) 

Kurt Weill & Bertolt Brecht, Librettiste


Petite musique de quat’sous (1929) 

Kurt Weill 


Surabaya Johnny (1929)

Kurt Weill 

I am a stranger here myself,

Ext. de One Touch of Venus (1943)

Kurt Weill & Ogden Nash, Librettiste
Speak low Ext. de One Touch of Venus (1943)  

Kurt Weill & Ogden Nash, Librettiste
The Saga of Jenny, Ext. de Lady in the Dark (1941)

Kurt Weill & Ira Gershwin, Librettiste
Duo-One life to live, Ext. de Lady in the dark (1941)

Bis Kurt Weill
Ext. de l’Opéra de Quat’sous (1928)

Bis  Kurt Weill


Aux saxophones : Serge Bertocchi (A), Clément Himbert (T/S), François Lemarié (B)

17/03/17

Concert avec l’Orchestre Philharmonique de Radio-France à Pleyel Vendredi 15 novembre à 20h : un patchwork de Kurt Weill. Au sax alto (c’est devenu rare !). J’ai révisé le vibrato 1930 ... et eu le plaisir de jouer en compagnie de Clément Himbert et Yann Lemarié.

Kurt Weill est célèbre pour avoir composé, avec le dramaturge Bertolt Brecht, des ouvrages à tiers chemin de l’opéra, de l’opérette et de la comédie musicale. Mais si le style canaille lui est familier, Weill sait aussi composer avec délicatesse pour la voix. Ce sera sans doute la leçon de ce concert dirigé par Heinz Karl Gruber (lui aussi, par ailleurs, compositeur et chanteur) au cours duquel s’illustrera la grande Anne Sofie von Otter.

(Texte de présentation Salle Pleyel)

Programme : Kurt Weill


Les sept péchés capitaux


Entracte


Petite musique de quat' sous

Surabaya Johnny

I am a stranger here myself

Speak low

The Saga of Jenny

En écoute sur le site de Radio-France ici (pendant 30 jours) :

France Musique : Le concert du soir

« Ma musique, ils l’appellent musique de l’asphalte parce qu’elle sent la grande ville, ce qui est pour moi un compliment », disait Kurt Weill. Asphalte berlinoise des années 1920 que les interprètes de ce soir réussissent finalement à suggérer au fil d’un patchwork d’œuvres rarement jouées dans le cadre de nos concerts classiques. Une soirée originale et séduisante.
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Micro en main, telle une chanteuse de café berlinois des années 1920, Anne Sophie von Otter est la vedette de ce concert consacré à Kurt Weill. Un concert dont le plaisir grandira au fur et à mesure que l’Orchestre philharmonique de Radio France s’éloignera de sa scrupuleuse lecture d’une musique à l’expressionnisme populiste peu traditionnel. Sous la direction de Heinz Karl Gruber, son ambigüité met quelque temps à nous interpeller.

En première partie, les Sept péchés capitaux se révèlent plutôt véniels. Sur le devant de la scène, en pantalon et veste noirs, décidée, expressive derrière la partition qu’elle ne consulte qu’entre ses interventions, Anne Sophie von Otter, avec la tranquille aisance qu’on lui connait dans d’autres programmes, tient le rôle des deux Anna, Anna 1 et Anna 2, deux sœurs qui sont en réalité la même personne scindée en deux corps et conscience – celle-ci toute relative et fort discrète ! – et dont le parcours en sept étapes, chacune correspondant à un péché capital, dénonce la vilénie de la société capitaliste américaine.

Aucun vibrato n’altère le mélange de réalisme et d’artifice théâtral que la blonde mezzo soprano joue sans excès ni nous convaincre, la voix souvent couverte par le forte uniforme de l’orchestre, à moins que le micro ne l’avale au hasard de phrases alors inachevées. À ses côtés, les quatre hommes incarnant La famille, les ténors Robert Getchell et David Lefort, le baryton Jean-Christophe Jacques, la basse Geoffroy Buffière, ignorent tout artifice pour projeter leur chant naturellement.

Dans ce chœur remarquable d’équilibre et d’homogénéité, à un moment superbement a cappella, chacun tour à tour soliste donne le ton des propos odieux inspirés par l’intérêt de l’argent que peut rapporter Anna, dont les péchés se ressemblent jusqu’à l’épilogue triomphant conclu le poing brandi par une Anne Sophie von Otter telle une championne de combat.

Si les musiciens qui créaient la musique de Kurt Weill venaient de l’univers de la danse, à l’inverse l’Orchestre philharmonique de Radio France n’est guère habitué à se confronter à l’âpreté sarcastique de telles partitions. La Petite musique de Quat’sous, une adaptation de son opéra écrite par le compositeur pour un orchestre d’instruments à vent, met un certain temps à trouver son caractère.

Est-ce la direction de HK Gruber qui manque de mordant ? La célèbre Ballade de Mackie Messer, un tango peu renversant, du jazz bon enfant se contentent d’une juste lecture. Quand soudain l’entrain s’impose, les vents auparavant peu timbrés trouvent souffle et couleurs.

La réussite de ce programme inhabituel ne s’affaiblira plus. Revenue avec une veste bleue sur son pantalon noir, Anne Sophie von Otter communique le désarroi de Surabaya Johnny, célèbre song extrait de la comédie musicale Happy End. La voix joue de la résonnance du micro et n’est plus jamais fluctuante.

Notes tenues, pureté des aigus, chaleur du timbre portent les paroles tristes et amères que l’orchestre soutient, attentif à en accompagner discrètement l’émotion.
Kurt Weill encore, différent et le même… S’enchaînent d’autres extraits de comédies musicales auxquels les interprètes de ce soir donnent leur typique saveur, âpre et scandée.

 

Salle Pleyel, Paris

Le 15/11/2013

Claude HELLEU

Altamusica.com

18/11 : Anne Sofie von Otter fait la fête avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France


Des affinités d'Anne Sofie von Otter avec la musique de Kurt Weill, on pouvait douter, les frimas scandinaves n'ayant que peu à voir avec la moiteur enfumée des cabarets berlinois. De fait, nous conservions de son interprétation au disque des Sept Péchés capitaux un souvenir conforme à l'image glacée que peut parfois renvoyer le chant de la mezzo-soprano suédoise. A Paris, vendredi dernier, 15 novembre, il fallait toute la conviction de HK Gruber, à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, pour faire grincer la musique de ce ballet composé en 1933 à l'intention de Lotte Lenya. L'histoire ne dit pas si le soir de la création, le Théâtre des Champs-Elysées était sonorisé. Salle Pleyel, Anne-Sophie von Otter ne peut faire l’impasse d’un micro. Evidemment, on aurait préféré que sa voix ne fût pas amplifiée, même si le dosage sonore était assez subtil. D'autant que, libérée de tout système d'amplification, « la famille », composée des 4 chanteurs, Robert Getchell, David Lefort, Jean-Christophe Jacques et Geoffroy Buffière, offre une cohésion remarquable. Osons l'avouer. Ce sont leurs interventions, plus que celles de leur partenaire, que l'on guette et que l'on apprécie. En deuxième partie, des extraits de comédies musicales, toujours signées Kurt Weill, viennent modifier radicalement cette impression. L'Orchestre Philharmonique de Radio France reste irréprochable, dans ce répertoire où, à tort, on ne l'attendait pas. Mais la surprise provient d'Anne Sofie von Otter dont le chant, enfin libéré, épouse précisément la forme de chacune de ces songs, tour à tour ironique ou sentimental. HK Gruber ponctue d'une voix éraillée les bis que réclame le public emballé, faisant de la soirée un de ces bœufs qui, à l'époque de Weill, créchait sur le toit.

                                                       [Christophe Rizoud] ForumOpéra.com