Les classes pour élèves militaires au Conservatoire de Paris

 

Analyse comparative des résultats des classes pour élèves militaires :


Nombre d’élèves admis chaque année :

1855 : 25  (Classe d’Harmonie uniquement)   ;  1856 : 29 (Harmonie, Solfège, Cornet)   ;

1857 :  34  (précédentes + Saxhorn et Saxophone)  ;  1858 : 34 (précéd. + Trombone)  ;  1859 : 40   ;  1860 : 32   ;  1861 : 41    ;   1862 : 31    ;   1863 : 37    ;   1864 : 29    ;   1865 : 41    ;   1866 : 26   ;  1867 : 23    ;   1868 : 25    ;    1869 : 23   . 


La classe de Sax est de loin la plus nombreuse (si l'on excepte les cours collectifs de solfège et d'Harmonie), et celle qui truste le plus grand nombre de récompenses, du 1° prix au 3° accessit (plus même qu'en harmonie ou solfège, classes de groupes accueillant TOUS les élèves).


Harmonie et composition  (94 récompenses sur 14 Concours)

20 1° Prix, 21 2° Prix, 20 1° accessit, 14 2° acc, 19 3° acc


Solfège  (102 récompenses sur 13 Concours)

23 1° Prix, 24 2° Prix, 23 1° accessit, 19 2° acc, 13 3° acc


Cornet à pistons  (59 récompenses sur 14 Concours)

12 1° Prix, 18 2° Prix, 12 1° accessit, 9 2° acc, 8 3° acc


Saxophone  (126 récompenses sur 13 Concours)

27 1° Prix, 27 2° Prix, 24 1° accessit, 23 2° acc, 23 3° acc, un  4° acc et un  5° acc


Saxhorn  (72 récompenses sur 13 Concours)

20 1° Prix, 24 2° Prix, 17 1° accessit, 8 2° acc, 3 3° acc


Trombone à pistons (41 récompenses sur 11 Concours)

10 1° Prix, 10 2° Prix, 13 1° accessit, 5 2° acc, 3 3° acc

En outre, Sax semble encourager ses élèves à faire des études complètes : ses élèves trustent 30 récompenses en harmonie-composition entre 1859 et 1867. Contre 7 élèves de saxhorn, 5 de trombone à pistons et 5 de cornet.

Voir document ci-dessus : soulignés en rouge, élèves saxophonistes, en bleu les joueurs de saxhorn, en ocre les trombonistes et souligné en noir les cornettistes.

Les autres élèves (non soulignés) ont parfois obtenu des récompenses (mineures) avec d'autres classes d’instruments à vent (3 hautbois, 2 flutes, 1 clarinette, 1 cor ...) mais la plupart sont "spécialistes". On peut supposer que leur niveau instrumental ne leur a pas permis de réussir le concours d’entrée du conservatoire.


Il semble donc que, comme on le savait déjà, Sax avait une vision globale poussée de l’avenir qu’il souhaitait pour ses instruments. Ainsi, en incitant ses élèves à se former en tant que compositeurs-arrangeurs, il leur permettait d’accéder plus tard à des postes de direction au sein des musiques militaires ... ses instruments seraient ainsi encore mieux défendus «de l’intérieur» par des connaisseurs capables de former eux-mêmes de nouveaux musiciens ...

De fait, la carrière de la plupart des élèves de Sax les plus doués semble s’être orientée dans la voie de la direction d’orchestre militaire. Il semble cependant que ce choix stratégique n’ait pas nui à la réussite instrumentale de ces mêmes élèves pendant leurs études au Conservatoire : ce sont souvent ceux qui obtiennent un premier ou deuxième prix en saxophone qui sont récompensés en harmonie et en solfège (voir plus bas).


Comme on peut le constater curieusement, après 1867, seuls des "spécialistes" fréquentent cette classe d’harmonie-composition. Un élément de règlement nouveau est-il intervenu ? Des plaintes des chefs de corps considérant que les élèves se dispersaient ? Qu’ils devenaient une concurrence gênantes pour les Chefs et Sous-chefs «spécialistes», qui avaient des résultats moins brillants que des musiciens du rang qui étaient voués à servir sous leurs ordres ? Sax s’est-il fâché avec certains des services du Conservatoire ? Toujours est-il qu’à partir de 1868, les musiciens instrumentistes se consacrent essentiellement à l’étude de leur instrument.

Ci-dessous : Les résultats des autres classes pour élèves militaires au CNSM

Résultats des classes de clarinette sur la période 1857-1870 : (64  réc. sur 13 Concours)

13 1° Prix, 17 2° Prix, 15 1° accessit, 9 2° acc, 10 3° acc


Autant dire que le jugement d’Ambroise Thomas, qui estimait que le niveau des classes d’instruments à vent avait baissé du fait de la présence d’élèves militaires était peu justifié ... et que la paranoïa d’Adolphe Sax, qui se sentait personnellement visé par la fermeture de sa classe, et par la persistance des autorités à refuser de l’ouvrir à nouveau (jusqu’en 1942) ... semble un peu étayée ...

Après la fin de la guerre Franco-Allemande de 1870, les multiples propositions d’Adolphe Sax pour tenter de réouvrir une classe de saxophone se sont soldés négativement. Un des arguments avancés : le niveau des classes pour élèves militaires était inférieur à celui des autres classes du conservatoire. Au vu des résultats de la classe de Sax, cette assertion semble bien sévère ! Jugeons-en en comparant avec les résultats des classes de basson et clarinette sur la même période ...

Même constat en solfège : 25 récompenses pour le saxophone (c’était décidément le bon temps !!!) contre 8 pour les saxhorns, 4 pour le trombone, 8 pour le cornet, et cette même désaffection des classes (ou du moins des résultats) à partir de 1868.


Les saxophonistes formés par Sax deviennent donc des musiciens complets : techniciens de haut niveau, dotés d’une technique d’écoute et de lecture très solide, et formés à l’écriture et à l’arrangement : de parfait futurs chefs ou sous-chefs de musique.

Résultats des classes de basson sur la période 1857-1870 : (38  réc. sur 13 Concours)

13 1° Prix, 8 2° Prix, 10 1° accessit, 5 2° acc, 2 3° acc

Pour accéder à une liste des élèves de la classes d’Adolphe Sax au Conservatoire de Paris, cliquer sur le lien ci-contre :La_classe_dAdolphe_Sax.html

L’ensemble des résultats aux concours du Conservatoire, année par année 1797-1900

Sur la seule période 1858-1870 :  6271 Concurrents

1° Px : 524 - 2° Px : 580 - 1° Acc : 584 - 2° Acc : 471 - 3° Acc : 391 - Total : 3410

Ci-dessous les décrets d’application concernant les classes militaires au Conservatoire de Paris, recueillis par Guillaume Janin.


G. CLASSES INSTITUÉES PAR LE MINISTÈRE DE LA GUERRE POUR LES ÉLÈVES MILITAIRES.


  1. DXXII.REGLEMENT, 15 OCTOBRE 1862


ARTICLE 1er

Les élèves devront arriver avant l’ouverture de la classe et ne la quitter qu’à la sortie du professeur.


ART. 2

Les classes des élèves militaires devront être réparties successivement dans les trois périodes, de manière à ce qu’un élève ne puisse pas avoir deux leçons à la même heure.


ART. 3

L’appel sera fait par le surveillant des classes immédiatement après l’arrivée du professeur. La liste des absents sans autorisation sera envoyée, chaque jour, par un sous-officier, à l’officier chargé de la surveillance des élèves militaires.


ART. 4

Les élèves devront assister aux classes dans une tenue convenable, et ils ne doivent, sous aucun prétexte, laisser leurs armes et leurs coiffures hors la classe.


ART. 5

Tout élève qui manque d’assister à la classe deux fois dans le même mois, sans excuse légitime, est rayé des contrôles et renvoyé au corps.


ART. 6

Il est défendu aux élèves de quitter la classe pendant la leçon, soit pour aller dans les cours, soit pour sortir de l’établissement. Les élèves obligés de s’absenter pendant la leçon, pour des raisons de service, devront être munis d’une attestation de l’officier chargé de leur surveillance.


ART. 7

Il est défendu aux élèves de fumer dans l’intérieur du Conservatoire et de stationner dans les

cours ou sous le porche.


ART. 8

Les élèves doivent apporter et emporter les instruments, corps de rechange et embouchures qui leur sont confiés, et dans les boites ou étuis qui leur sont délivrés.


ART. 9

Il sera passé, tous les dimanches, par l’officier chargé de la surveillance des élèves militaires, une inspection des instruments. (Entretien et propreté.)


ART. 10

Chaque professeur devra passer deux fois par mois une inspection des instruments, pour s’assurer de leur bon état de conservation, et adresser, à la fin de chaque mois, un rapport à M. l’administrateur, constant les altérations de l’instrument provenant ou du fait de l’élève ou de l’usage.


ART. 11

Sous aucuns prétextes les élèves ne pourront se servir pour les leçons, d’instruments qui ne

seraient pas conformes aux modèles types règlementaires fixés par la décision ministérielle du 24 mai 1861, faisant suite au décret du 26 mars 1860 sur l’organisation des musiques militaires.


ART. 12

Lors de son admission dans une classe, l’élève militaire recevra un instrument, à moins que le professeur ne l’autorise à se servir de celui qui lui appartient ou de celui qui lui aura été confié par son régiment. Dans ce cas, le professeur devra en informer l’administration.


ART. 13

Lorsque les élèves quitteront les classes du Conservatoire pour rejoindre leur corps, ils devront remettre au surveillant des classes les instruments, corps de rechange et embouchures, renfermé dans la boite ou l’étui qui leur a été délivré à leur entrée.


ART. 14

Il est fortement interdit aux élèves militaires de jouer dans les théâtres, bals ou autres établissements publics


ART. 15

Toutes les réparations d’instruments nécessités par la négligence, ou les accidents provenant du fait de l’élève, sont à sa charge.


ART. 16

Après l’admission des élèves dans les classes, le surveillant des classes devra adresser à l’officier chargé de la surveillance des élèves militaires un état contenant, après chaque nom d’élève, la désignation des classes qu’il suit et des heures auxquelles elles ont lieu ; l’indication et le numéro de l’instrument qui lui est confié ou une mention constatant qu’il se sert, pour ses études d’un instrument appartenant soit à lui, soit à son régiment.


ART. 17

A la fin de chaque mois, un rapport contenant des notes sur les études, la tenue, l’assiduité des élèves sera remis par chaque professeur à M. le directeur ; copie en sera adressée par les soins de M. l’administrateur à M. le général chargé de l’organisé des musiques militaires.


ART. 18

Un exemplaire du présent règlement sera remis à MM. Les professeurs et à chaque élève militaire lors de son admission dans les classes du Conservatoire.


Art. 19

M. l’administrateur est chargé de l’exécution du présent.


AUBER



DXXII. – NOTE SUR LE GYMNASE MUSICAL ET LES CLASSES MILITAIRES.


Une expérience de quinze années a suffisamment démontré qu’il y a eu un double inconvénient à supprimer le Gymnase musical militaire et à envoyer au Conservatoire les élèves soldats qui recevaient autrefois leur éducation dans un établissement spécial, relevant directement des Bureaux de la guerre.


En effet, cette administration trouvait alors, pour ses élèves, les avantages réunis, dans un même local, de la caserne et de l’école : la discipline et le travail.

Les heures de leçons, des répétitions, de l’étude, celle des repas, du levé, du couché, tout était prévu et combiné de façon à employer utilement la journée ; à un coup de cloche, un professeur pouvait réunir tout un orchestre et la lecture ou la répétition d’un morceau se faisait, au profit de tous, sans la plus petite perte de temps.


Aujourd’hui, au contraire, les élèves militaires casernés de différents côtés de Paris, doivent venir prendre leurs leçons au Conservatoire ; de là, des allées et venues qui sont de continuelles occasions de trouble pour les études et de manquements à la discipline, si bien que deux années d’études faites dans de telles conditions au Conservatoire, ne valent pas une année de travail continu à la caserne-école.


Malheureusement les élèves militaires ne sont pas seuls à souffrir de cet état de chose : on que 60 militaires étant admis dans une école civile où les hommes et femmes se trouvent déjà à l’étroit, il en résulte au moins un trouble matériel que la surveillance d’un sous-officier ne peut utilement réprimer.


Un inconvénient encore plus grave encore est celui de l’admission des élèves militaires : connaissant souvent la situation intéressante de ces jeunes gens, sachant surtout que le temps de leurs études est limité, le jury se trouve parfois entrainé à leur accorder plus facilement les récompenses qu’ils partagent avec les élèves civils, ce qui en diminue de beaucoup leur valeur. Il y aurait donc tout avantage, pour les élèves militaires et pour les élèves civils, à revenir à l’ancien système d’une école musicale militaire séparée ou à trouver au moins une combinaison propre à sauvegarder les intérêts artistiques du Conservatoire.



DXXIV. –AVIS SUR UNE DEMANDE DE RETABLISSEMENT DES

CLASSES POUR LES ELEVES MILITAIRES ; 10 NOVEMBRE 1879


De 1856 à 1870, le Conservatoire a été chargé de donner l’instruction musicale à 50 élèves militaires, moyennant un abonnement annuel de 20,000 francs consenti par le Ministère de la guerre. Mais ce système offrait les plus graves inconvénients, tout autant au pont de vue de la discipline militaire, qu’au point de vue des divers services et de la tenue de notre École.


De plus, la présence dans nos écoles civiles et l’admission au concours d’élèves militaires n’ayant qu’un temps très court à passer au Conservatoire (deux années au plus) avait amener un affaiblissement sensible dans le niveau des études pour les instruments à vent. Cet état de choses n’aurait donc pas pu se prolonger (alors même que les évènements ne seraient pas venus interrompre forcément) et, aujourd’hui, on ne saurait songer à le rétablir.


A ces considérations d’une importance majeure pour notre École, je dois ajouter qu’il nous serait impossible matériellement impossible actuellement de reprendre des élèves militaires. Depuis dix ans, le nombre de nos classes a été considérablement augmenté et l’enseignement s’est développé dans de telles conditions que les locaux sont devenus insuffisants et qu’un agrandissement et une reconstruction complète de l’École ont été reconnus indispensables.


A. THOMAS