Sax Alto Adophe SAX 1868

 

Dernier arrivé dans ma petite collection d’instruments historiques : un alto Adolphe SAX de 1868. Le voici de retour après remise en état et nettoyage : Hervé Martin a fait un travail somptueux, félicitations !! Pour savoir comment sonne ce vieil homme encore en forme, reste à trouver un bec (je n’ai pas très envie de refacer le bec d’origine, très fermé) ! Il aura pour vocation l’interprétation du répertoire du XIX° siècle, évidemment ...

Quelques photos de détails plus bas.

La gravure du pavillon mentionne clairement les indications suivantes :

N° 33776

Saxophone Alto en mi b

Adolphe Sax  Facteur Breveté

de la Maison Militaire de l’Empereur

50 rue St Georges à Paris

1867

GRAND PRIX

suivi du monogramme de SAX

(un S et un A entrelacés avec PARIS sur la barre transversale du S)

Le voici aux côtés de trois de ses illustres successeurs (tous des altos) :

- Adolphe SAX argenté de 1868 descendant au si grave.

  1. -Evette et Schaeffer (Buffet) en cuivre brut de 1915, à double clé d’octave.

  2. -Buescher argenté-doré de 1928 (l’instrument favori de Sigurd Rascher)

  3. -Selmer Série II verni de 1994 (le saxophone moderne type, héritier du Mark VI)

Une vue complète de la bête (en insert : avant nettoyage et remise en état).

Quelques remarques de premier abord :


I

Le bec en bois a des caractéristiques communes avec ceux qui seront construits jusqu’au début du XX° siècle en France : une chambre très large, une longueur moins importante que celle des becs modernes (qui compensent ainsi une chambre plus étroite), mais sans atteindre les mini-dimensions du bec Rascher. L’ouverture de ce modèle est très petite. Il semble que les musiciens cherchaient à jouer sans effort particulier à ce niveau.

Un autre aspect de la perspective historique :

becs Adolphe SAX, Martin USA, Rascher, Selmer.

III

Le bocal n’est pas garni d’un liège, mais d’un enroulement de fil (probablement graissé) assurant l’herméticité. Si le reste du corps est soudé, le bocal est détachable, comme sur tous les alti modernes. Néanmoins, il a dû rester de très longues années sans être démonté : le tenon est tout brillant, sans la moindre marque d’oxydation (j’ai eu le plus grand mal à le démonter pour le transporter, d’ailleurs).

II

Ce saxophone de 1868 est muni de deux clés d’octave, car le système automatique ne sera inventé qu’au tournant du XX° siècle. De même, il ne possède ni la clé de trille du do, ni le si b grave, ni les rouleaux de passage entre les clés de Do-Mi b graves. La clé de plateau de si b n’existe pas encore et ne s’obtient que par la clé Ta. Il descend au Si grave et monte jusqu’au fa aigu.

La mention Grand Prix 1867 qui figure au-dessus du monogramme Adolphe Sax, confirme sa datation de 1868. Apparemment, l’ouvrier qui l’a gravé a dû glisser et se reprendre ...

Curiosité étrange, la présence d’un monogramme supplémentaire (GR ?) sur la partie la plus exposée aux regards du pavillon. Apparemment ajouté après fabrication, il ne peut désigner la Garde Républicaine, car celle-ci ne prend son nom définitif que 2 ans plus tard en 1870 … et on est encore sous l’Empire.

Il s’agît probablement des initiales du propriétaire, fier de son instrument.

Quelques détails : bec d’origine en buis (?), enroulement de fil au lieu de liège bocal, clé d’octave aigüe, support de lyre, clés de main gauche (l’argenture est attaquée par le contact des doigts (pas encore de touches de nacre en 1868). Clés d’aigu jusqu’au fa. Pas de sib plateau.

les clés de côté de sib et de mi aigu (le do Tc attendra encore une trentaine d’années). Pas de roulettes entre mib et do grave.

Les protections de clés graves sont munies d’un liège rond pour éviter les bruits. La culasse originellement endommagée a été bien récupérée ...

Retamponné avec des tampons blancs, comme à l’origine. La gravure de pavillon est magnifique.

Descendant au si grave, la clé B est disposée à l’arrière de l’instrument. Détail des supports de pouce, des 2 clés d’octaves

et d’aigu de main gauche.

Une petite plongée à l’intérieur : pavillon et haut du corps. On voit nettement la vis de serrage, le support de lyre et la spatule de transmission de la clé d’octave.

D’autres vues plongeantes donnent un autre point de vue.

Détails : bec, tampons blancs sous le monogramme de SAX.

Rare : les vis des axes dépassent largement des têtes écrous.

Monogramme SAX et double tampon «Seul grand prix 1867» .

Le crochet de support est curieusement horizontal.

Détail des clés de grave, sans rouleaux de passage : G#, C#, B et Eb C.

Détail des clés main gauche et main droite.

Détail de la clé de fa aigu, contournant le mib. Détail du tenon de bocal et du support de lyre. La famille des saxophones en mib et sib était destinée prioritairement aux orchestres militaires (où ces tonalités étaient prépondérantes). Et donc aux défilés ...