Pour saxophone contrebasse solo (modèle Tubax)
Durée : environ 11’ 20”


Quelques mots sur le titre : Comme souvent dans ma musique, ce titre est métaphorique. Il est aussi choisi pour sa sonorité propre.

Corps noir : c’est quelque chose qui absorbe tout le rayonnement qu’il reçoit, par exemple toute la lumière. La lumière étant absorbée, ce quelque chose semble donc être noir, d’où son nom. Mais, le corps noir émet également un rayonnement et si on le chauffe, il rougeoie. Paradoxalement, notre soleil , ou les braises du feu, ne sont pas loin d’être des corps noirs. Convexe : pour un corps noir, de par sa forme, cela signifie que l’intégralité du rayonnement qu’il émet est projeté à l’extérieur de lui-même. Tout un programme.

“Corps noir convexe ” est un solo pour le nouveau saxophone contrebasse, nommé “Tubax”. Il s’agit de la première pièce solo pour cet instrument. La création publique a eu lieu le 19 avril 2002 au Théâtre de Langres au cours de la Brève de scène " Saxophone Extrême ", par Serge Bertocchi, premier musicien en France à disposer de cet instrument. Il s’agit d’une pièce très rythmique, très physique et dégageant beaucoup d’énergie et de poésie. Dans un premier temps, j’ai exploré le Tubax avec Serge : je devais faire connaissance avec l’instrument…et lui aussi… ! puisqu’il n’avait eu que peu de temps pour l’explorer lorsque j’ai commencé à écrire la pièce. J’ai travaillé à partir d’un matériau très ciblé, avec une base de sons “ordinaires”, ce qui est déjà extra ordinaire en soi, l’instrument étant tout nouveau. Les sons très graves “ordinaires” sont toujours d’une très grande richesse lorsqu’ils sont émis par des instruments acoustiques ayant une dynamique suffisante, et ce matériau sonore a toujours mis mes oreilles en appétit, depuis mon enfance. C’est donc avec gourmandise que je me suis mise au travail.

J’ai utilisé dans “Corps noir convexe” quelques spécificités liées à ce saxophone : - Des plans mis en relief par des registrations de timbres (dans la partie rythmique sur les mib principalement). Ce n’est pas une écriture spécifique au tubax, mais l’effet sur cet instrument se trouve renforcé par le fait que les sons sortent de toutes parts, avec un endroit précis pour chacun d’eux (un peu comme sur le cymbalum !). Cela donne une mobilité du son dans l’espace de l’instrument, parfaitement audible à l’oreille nue. - Un renforcement du travail de sculpture du son (dans le timbre et l’énergie) par un “laché d’anche rattrapable” (*) : l’interprète a le temps d’ouvrir la bouche et de reprendre la “pince” normalement sans que la vibration acoustique n’ait le temps de s’arrêter. On obtient alors un changement de timbre très spectaculaire, avec un déplacement des principaux formants du son vers l’aigu.

(*ce serait bien de donner un nom à cette technique…)

Pour la mise en forme, je me suis placée vraiment “dans l’idéal”, sinon cela m’était impossible. Trop d’inconnues.

“Dans l’idéal” signifie que je conçois la pièce comme si tout était possible, instrumentalement parlant. Je sais bien que ce n’est pas exactement la réalité, je sais aussi que mes demandes musicales sont tout de même étayées par une connaissance assez bonne des instruments à anche, mais il y a toujours des surprises ! (et j’aime les provoquer, surtout si c’est un plaisir partagé avec le musicien avec lequel je travaille, ce qui est le cas ici). “Dans l’idéal” est donc probablement un étrange mélange d’utopie et de “métier ”. Mais s’il n’y a pas d’utopie, l’écriture ne m’intéresse pas beaucoup.

Marie-Hélène Fournier, le 10 mai 2002