ARS SUBTILIOR

 

Ars Subtilior - XASAX   hat[now]ART 107   HAT HUT

Release Date: 1998

Un autre programme "radical" autour de la musique de l’Ars Subtilior, cette fois sur des saxophones : Saxophone - Ars Subtilior - Xasax - Marcus Weiss Hat[Now]Art 107


Contenu:


1. Hugues Dufourt: Quatuor pour saxophones (1990)

2. Jacob de Senleches: En attendent esperance conforte

3. Bernardo Maria Kuczer: Even... the loudest sky! (1981)

4. Senleches : En ce gracieux tamps

5. Alvaro Carlevaro: Quiebros (1993/4)

6. Senleches : Fuions de ci

7. Henri Pousseur: Vue sur les jardins interdits (1973)


Interprètes : Serge Bertocchi, Jean-Michel Goury, Pierre Stéphane Meugé, Marcus Wiess

Durée : 53'

Dates d’enregistrement : Juin 1995, Septembre 1996, Mars 1997


Ce programme présente des compositions très contemporaines explicitement écrites pour quatuor ou trio de saxophones en regard avec des pièces de l'Ars Subtilior de Jacob Senleches. Les pièces Senleches occupent seulement environ 10 minutes du programme, mais proposent des sonorités intéressantes sur les saxophones.

Les œuvres contemporaines offrent une certaine variété et comportent à n'en pas douter quelques moments agréables, même si elles sont très différents dans le style des pièces médiévales pour lesquelles ce disque est chroniqué ici.


MEDIEVAL MUSIC MAGAZINE


Tandis que les quatuors de saxophones sont devenus courants dans le jazz et libèrent des mondes de musique, il existe peu d’exemples dans le monde de la musique classique - même en incluant le 20ème siècle. Le quatuor de saxophone XASAX se consacre à la recherche et au développement de la richesse du saxophone partout dans l'histoire de musique, que les oeuvres aient été écrites particulièrement pour le saxophone ou pas. Ici le groupe exécute quatre pièces modernes spécifiquement écrites pour saxophones - des quatuors - tous écrits entre 1973 et 1994. Au milieu de ce programme, ils ont délicatement entrelacé trois œuvres de l'antiquité classique, quand le saxophone lui-même n'avait pas même été une cloche imaginaire dans le tympan du compositeur Jacob de Senleches.

La première pièce originale est d'Hugues Dufourt : son "Quatuor pour Saxophone" (1990).

Ici les rythmes élémentaires du jazz sont insérés dans un système tonal de hauteurs et de répétitions proche de celui de Ligeti. Chaque instrument utilise les micro-tons produits par les autres pour entrer dans un accord harmonique de rythmes présélectionnés. Ceci est suivi par "En Attendant Aesperance comforte (Ballade)" , d'une beauté déchirante, du 14ème siècle. Un titre éploré et majestueux à la ligne lyrique - à l'origine écrit pour des voix, et où une sorte d'improvisation au-dessus d'un certain registre est permise - qu'il s'enfonce profondément dans le corps de l'auditeur, créant de mélancoliques rêveries sous l'impulsion et le timbre de son harmonie.

Malheureusement, il est suivi (quel agencement hasardeux !) par "Even...the Loudest Sky !!!" de Bernardo Maria Kuczer, écrit en 1981. Au son de cette pièce, on imagine qu'il a dû entendre le travail du tout premier ROVA et a même pensé qu'il pourrait l'améliorer. Épouvantable.

De nouveau l'auditeur se transporte vers l'antiquité, cherchant parmi les pièces pour cordes de Senleches et la découverte de "En Ce Gracieux Temps." Toutes les considérations tonales sont basées sur l'intonation et les mécanismes d'interaction rythmique, donnant à l'auditeur l'impression que la fin de phrase d'un instrument correspond au commencent d'un autre - si bien qu'ils n'y a jamais de pause, et que le tissu est continu jusqu'à la fin.

"Quiebros" d'Alvaro Carlevaro est basé sur le contrepoint sonore entre alto et soprano. Le ténor, dans ce cas, agit comme un baryton en créant l'espace pour des changements de tempo, de couleur et de nuance - et il y en a beaucoup ici. Une autre ballade de Senleches ravit la vedette avec sa pulsation soufflante semblable à de l'orgue. C'est une musique sacrée ; le quatuor prend la forme des quatre parties d'un orgue - touches, tuyaux, pédales, boutons - transportant l'antienne de la messe du chœur situé aux limbes aux paroissiens en-dessous. De nouveau, c'est émouvant et beau d'une manière inaccessible à tout autre ensemble. C'est une musique étrangère, "autre" ; elle opère sur le cœur d'une manière différente et offre une dissonance de ton qui peut seulement être compatible à cause de l'isorhythmie dans l'intention du compositeur, expliquée si admirablement et succinctement par Art Lange dans les notes de pochette : arithmetico + melodico + rhythmico.

C'est avec Henri Pousseur que le pont à travers l'abîme du passé et le présent se ressent au plus près, où les notions de mélodie et d'harmonie sont entremêlées aux conceptions modernes de temps et de métrique. De plus, les conceptions de ligne, de phrasé, la polytonalité et la microtonalité sont considérés sous un angle lyrique assez traditionnel.

En somme, XASAX nous offre un enregistrement magnifique et courageux avec seulement un écart de goût, mais on ne peut raisonnablement leur en vouloir d'être aventureux dans leur souhait de voir sortir le saxophone des ombres de la tradition classique Occidentale. ~


Thom Jurek, All Music Guide


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Paris Transatlantic Magazine / recordings / best of


Partie d'une série en cours de six albums pour le label HatHut de Werner Uehlinger, "Ars Subtilior" présente cet excellent quatuor de saxophone franco-suisse dans des œuvres de Carlevaro, Dufourt, Kuczer et Pousseur. Trois des transcriptions de Serge Bertocchi de musique du compositeur du 14ème siècle Jacob de Senleches - de là le titre d'album - sont tissées au milieu des œuvres nouvelles (la logique de ce projet devient claire au milieu de la pièce de Pousseur).

De temps à autre, les sonorités et matières de l'Ars Nova sonnent quelque peu étrangement sur les saxos, quoique leur rôle d'intermède entre les pièces "plus difficiles" poursuit une tradition de Xasax, comme la ponctuation fournie par les "Spots" de Frederic Rzewski sur leur album précédent (et difficile à trouver) sur Erol Records de 1994.

Les quatre œuvres récentes sont jouées et enregistrées avec une classe consommée ; le "Quiebros" d'Alvaro Carlevaro, plutôt sec, est sauvé par une lecture dramatique et "Vue sur les jardins interdits" de Pousseur, écrit en 1973 sonne mieux sur des saxophones qu'il ne l'a jamais fait sur l'orgue, un instrument misérable qui devrait être banni aux confins lointains de la galaxie. Le "Quatuor" de Hugues Dufourt est exécuté parfaitement, mais la véritable révélation de ce disque est l'Argentin Bernardo Maria Kuczer, dont "even ... The loudest sky!!" est une des choses les plus sauvages que j'ai entendues depuis longtemps. Brillamment écrit (diaboliquement difficile) et joué avec une conviction totale, il vous fait se demander ce que Kuczer a bien pu devenir depuis, puisqu'il a écrit cette pièce en 1981. Toute nouveauté proposée par Kuczer ou Xasax est bienvenue ici.

Né d’une collaboration avec Harry Vogt et le Festival de Witten ainsi qu’avec le label Suisse Hat Hut, ce CD associe des musiques complexes du XX° siècle avec des références à celles produite au XIV° siècle lors du mouvement appelé «Ars Subtilior», qui succéda à l’Ars Nova.

Les œuvres présentées comportent à la fois les créations mémorables de  Bernardo Kuczer et d’Alvaro Carlevaro lors du Festival de Witten 1994, le Quatuor de Saxophones d’Hugues Dufourt, et une œuvre un peu plus ancienne d’Henri Pousseur intitulée «Vue sur les jardins interdits». Le projet de la pièce, hommage à Maderna était précisément, en 1973, de remettre en question le rejet par la musique post-sérielle de toute forme de consonnance, la pièce intégrant une relecture d’une courte pièce de Samuel Scheidt «Herzlich tut mich erfreuen». Enfin, les pièces du Manuscrit de Chantilly jouées ici sont celles écrites par Jacobus Senleches, compositeur de la cour d’Aquitaine.

SB


L'écho commence dès le premier son et le suit comme une ombre. La musique est devenue une partie essentielle de vie quand l'homme a réalisé que le son pouvait être une idée et non un accident. Les idées sont des échos qui ricochent sans tenir compte du temps, de l'espace, ou du lieu, qui vous transcendent, vous transportent, vous transforment. Les échos hantent ce programme, cette musique - quatre compositions contemporaines séparées par trois transmissions du passé - ....


Art Lange

CRITIQUES

Paris, le 30/5/98


Cher Monsieur,


Merci infiniment de l'envoi du CD de XASAX dont l'enregistrement du Quatuor pour saxophones m'a fait très plaisir. (N.B. : XASAX, Ars Subtilior, Hat[now]ART 107).

Vous avez trouvé l'esprit et la lettre, notamment pour :

- l'enchaînement formel et les tempi

- les attaques douces dans une harmonie toujours conduite

- les rapports du thème et du timbre

- les tensions entre les registres

- l'exactitude rythmique

Je suis satisfait du résultat stylistique : un climat d'inquiétude ressort même d'un matériau atone ou désactivé.

Très bons montage et prise de son. Mes compliments à tous et mes amitiés.

Hugues Dufourt



J'ai écouté avec un très grand plaisir le dernier disque du Quatuor XASAX (Ars Subtilior). Je le trouve absolument parfait, tant du point de vue de l'esthétique générale que dans le choix des oeuvres.

Tes arrangements de Senleches sont splendides et permettent d'écouter avec une oreille "fraîche" le répertoire actuel. Votre interprétation est absolument parfaite et j'aime particulièrement votre version du quatuor de Dufourt.

Je vous souhaite de faire encore de nombreux disques comme celui-ci. Je vous remercie et vous félicite, tous les quatre, pour ce beau disque et vous adresse mes très amicales salutations.


Claude Delangle, Professeur au CNSMD de Paris

Libération Disques : 15 novembre 1998  -  Classique


Jean-Pierre Baraglioli : 52 fils tendus


Anthony Braxton : Compositions n°10 & n°16


XASAX : Ars Subtilior


Les frontières ne sont plus ce qu’elles étaient, chez messieurs les diplomates mais aussi entre les genres musicaux et à l’intérieur de ceux-ci. Et parmi les mpasse-frontières, il n’est sans doute pas surprenant de retrouver souvent le saxophone, que sa ductilité propre, mais aussi son histoire atypique semblent désigner aux fonctions de cross-over.

(...)

Le même petit label suisse (Hat Hut) spécialisé dans la création de confins publie un ensemble de compositions «classiques-contemporaines» pour quatuor de saxophones, entrecoupées de transcriptions de Jacob de Senleches (ca 1390). Dans ces pièces d’humeur contrastée, soit rêveuse comme la Vue sur les jardins interdits de Pousseur, soit lyrico-incantatoires de l’Argentin Kuczer, s’entendent peut-être le mieux les ressources extrêmement malléables de la famille musicale des saxophones et ce qui les voue au rôle très actuel de «pont» - à la fois ce qui relie les rives et permet de passer de l’autre côté. Les saxophonistes du quatuor XASAX savent en tout cas lier la livberté de ton de l’improvisateur à la rigueur du chambriste.

Gérard DUPUY

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https://xasax.bandcamp.com/album/ars-subtilior-xasax