XASAX n°1

 

Au moment de la formation de l’ensemble, le projet de Xasax consistait tout simplement à jouer toutes les œuvres majeures du répertoire contemporain en ensemble de saxophone. Le premier CD que nous avons publié (chez EROL Records) reflète ce souci, proposant une lecture personnalisée des quatuors de Xenakis, Donatoni et Cage, qui étaient alors pratiquement inconnus des saxophonistes classiques à cette époque, et très peu joués.

Nous proposions également des relectures d’œuvres à instrumentation libre telles que celles de Carter, Aperghis, Wolpe ou Rzewski.

Enfin, nous ouvrions des pistes nouvelles en explorant la musique d’un compositeur venu d’un horizon bien éloigné du classique (Alex Buess) en parallèle à un compositeur dont le parcours a été plus académique (mais pas forcément la musique (Karlheinz Essl).


Aujourd’hui, ce type de projet peut sembler curieux : les 3 premiers titres sont devenus des classiques joués par la plupart des jeunes quatuors de saxophones aventureux, alors que les 2 derniers font partie des œuvres caractéristiques de la fin du XX° siècle et sont également joués fréquemment.

Il est devenu illusoire de vouloir jouer TOUTES les pièces intéressantes pour quatuor de saxophone, tant le répertoire s’est étoffé, en qualité comme en quantité.

Cependant, il semble que ces enregistrements soient devenus des versions de référence pour les nombreux jeunes musiciens qui se posent la question de la modernité au saxophone. Nous ne pouvons que nous en féliciter.


Commentaires


Iannis Xenakis   (né en 1922) : 

Architecte, ingénieur diplômé de l'Ecole Polytechnique d'Athènes, il collabore avec Le Corbusier. Compositeur,  il étudie avec Hermann Scherchen et Olivier Messiaen. Il invente la "musique “stochastique" et "symbolique" (application du calcul des probabilités et de la théorie des ensembles à la composition musicale) et explore les possibilités d'utilisation de l'ordinateur et de l'électro-acoustique. Sa conception de la musique allie notions scientifiques et violence intérieure. Il est probablement le compositeur le plus joué de notre temps.


“XAS”                     de Iannis Xenakis            (9')    1987

Une des musiques les plus convaincantes pour la formation "traditionnelle" du quatuor de saxophones. Le titre est un anagramme de Sax, mais aussi un jeu sur XenAkiS.      ˇDeux échelles mélodiques sont parcourues de multiples manières par les quatre instruments. Ecriture homorythmique, puis canonique; balayages parallèles, perturbations rythmiques (phénomènes d'ataxie), désordre généralisé,  cadences solistes et hurlements suraigus, puis retour à la verticalité, et le discours s'efface dans les extrêmes des tessitures instrumentales.    


Franco Donatoni   (né en 1927):    

Il est l'un des compositeurs Italiens les plus influents de sa génération, enseignant successivement  à Bologne, Turin, Milan, Sienne, et Rome, sans compter ses multiples interventions internationales. Evitant le sérialisme, il se fraie une voie particulière dans la musique de son temps. Après une période d'exploration de l'aléatoire (qu'il qualifiera d' "auto-destructrice"), il élabore un système d'écriture original, consistant à transformer un matériau pré-existant ("déjà vivant") issu de ses œuvres antérieures ou de celles d'autres compositeurs.


"Rasch"         pour quatuor de saxophones       

Ecrite en 1990, sur une commande du Studio Steiermark de la Radio Autrichienne, cette page empreinte d'une poésie toute latine, développe à travers une écriture très classique, une rythmique enjouée, à la fois touffue et aérée. L'œuvre débute dans un murmure de sons colorés par l'étrange percussion mécanique des instruments; selon une courbe dynamique d'une grande simplicité, le tissu sonore s'enflera jusqu'à une puissante homorythmie assénant staccati groupés et trilles en blocs, avant de conclure en retournant vers le silence par une fuite urgente et furtive "mormorando".

Le titre de la pièce ("vite" en allemand) est sans doute une allusion aux dédicataires, le Rascher Saxophone Quartet, mais fait également référence à l'indication inhabituelle de tempo "MM=111" qui figure sur la partition ("pure valeur d'orientation", selon le compositeur).         PSM    


John Cage    (1912-1992) :    

Après avoir hésité entre littérature, peinture et piano, il décide de se consacrer à la musique, qu'il étudie auprès de Henry Cowell et Arnold Schönberg. Il collabore ensuite avec le chorégraphe Merce Cunningham, le pianiste David Tudor, et avec de nombreux peintres. Il s'intéresse aux philosophies orientales, le Zen particulièrement, et à la mycologie. Il introduira dans l'art des sons la notion d'indétermination, de nouvelles conceptions du silence et du geste musical, et une façon originale de "penser la musique" plutôt que de "penser en musique".            PSM


ˇFour5"                pour quatuor(s) de saxophones (SATB)        1992

ˇChaque note est comprise entre deux intervalles de temps flexibles.

Pour quatre saxophones ou multiples.

L'intonation doit être spécifique à chaque musicien: un unisson sera donc compris      [comme un unisson de différences. Les sons peuvent être longs ou courts. Lorsqu'ils ont une certaine durée, leur dynamique devrait être faible. Les sons très courts sont libres quant à l'intensité, et pourront donc être joués ˇsfzˇou bien ˇpppˇ selon le souhait de l'interprète.        John Cage


Frederick Rzewski    (né en 1938 à Westfield, Massachusetts):   

Il étudie le piano et la composition à Harvard et à l'Université de Princeton (entre autres avec Walter Piston et Milton Babbitt). Il a été en contact étroit avec David Behrmann, Christian Wolff, John Cage et David Tudor. En 1966, il fonde la MEV (Musica Elettronica Viva). Depuis 1977, il enseigne la composition au Conservatoire de Liège, habite cette ville et Rome.


"Spots"            pour instrumentation variable                  1986

ˇSpot n° 4 (s,a,a,b) ; Spot n°  9 (t, percussion) ; Spot n°  6  (a,a,b) ; Spot n° 11 (ssss)    

Ecrite  pour le groupe "Zeitgeist" de Minneapolis, cette série de pièces d'une minute peut se jouer dans un ordre quelconque, dispersée parmi les autres pièces d'un programme (voire au milieu d'une pièce), à la manière des inserts publicitaires dans un programme de télévision. Chacun de ces "Spots" a une structure similaire, basée sur sept périodes de neuf secondes chacune, et un matériau tonal identique (une chaîne symétrique de 12 sons).            Frederick Rzewski


Alex Buess      (né en 1954) :

Le musicien Suisse Alex Buess est un équilibriste marchant sur les frontières des genres musicaux, enrichissant son langage de ses multiples expériences: l'écriture contemporaine, le Rock et l'improvisation. Comme pour John Zorn, Elliott Sharp et Diamanda Galas, ses racines sont l'improvisation et la "noise music". Dans toutes ses pièces, Buess invente de nouveaux modes de jeux sur des instruments transformés ou déviés de leur utilisation habituelle. Son utilisation du vocabulaire électronique est très proche de la "trash & consumer music" et du "dub-mix", et s'intéresse particulièrement aux relations entre temps réel et temps différé. Alex Buess a fondé "16-17" et joue avec  les groupes  Londonniens "God" et "Techno Animal" . Depuis 1986, il écrit également pour divers ensembles de musique contemporaine européens.


"Hyperbaton"         pour 2 saxophones ténors et 2 barytons       1991     8’     Ecrite pour et créée par XASAX. L'  "Hyperbate" est une figure de grammaire consistant à renverser l'ordre naturel du discours. Deux longues phrases improvisées sur un saxophone midi ont été retravaillées à l'aide d'un programme de séquencement  sur ordinateur. Ce matériau a été inversé, copié, interpolé, réduit, expansé, et recomposé suivant divers critères combinatoires. Les sonorités instrumentales rappellent la musique Funk et Free Jazz. Le son du saxophone est "déformé" par l'utilisation de la voix, de cris, d'un flatterzung très rugueux et du jeu "dents sur l'anche". Dans la dernière partie de la pièce, l'utilisation de sourdines aux saxophones ténors crée un effet d'éloignement qui donne plus d'espace à la ligne "slappée" des  barytons.        MW


Elliott Carter    (né en 1908):

Encouragé par Charles Ives, il poursuit des études musicales auprès de Walter Piston et Nadia Boulanger. Il sera d'abord un des représentants de l'école néo-classique américaine, fortement influencé par Strawinsky, Hindemith et Copland, avec un goût prononcé pour les formes contrapunctiques (comme en témoigne sa "Canonic Suite" pour 4 saxophones alto), puis deviendra l'un des compositeurs les plus novateurs de son pays. Il explore en particulier les domaines de l'atonalité libre et de la "modulation métrique". Depuis son 2° Quatuor à cordes, il recherche une forme de caractérisation psychologique des instruments.        SB


"Canon for Three"            pour 3 saxophones soprani         197

La pièce peut être jouée par tout groupe d'instruments possédant l'ambitus de la partition en Ut. Canon pour trois voix instrumentales équivalentes, écrit à la mémoire d'Igor Stravinsky: à la quarte augmentée par mouvement inversé, et à l'unisson dans sa première partie, puis monnayé aux trois voix dans la seconde partie. Il s'agît d'une commande de David Drew pour le magazine "Tempo",  suivant en cela “le modèle de Stravinsky lui-même, qui avait écrit plusieurs pièces “commémoratives” sous la forme de canons".                Elliott Carter


Stefan Wolpe      (1902-1972) : 

Il étudie auprès de Franz Schreker, Ferruccio Busoni, Anton Webern et Hermann Scherchen, et lie des contacts divers à Weimar avec les artistes du "Bauhaus". A Berlin, il organise des concerts comme membre du "Novembergruppe", compose des musiques de scène pour la "Truppe 31", et prend part aux activités politiques du parti communiste. Il doit s'exiler à Jérusalem (1933), puis à New-York (1938), où il rencontre Varèse, Cage, des Jazzmen, et les peintres  "Expressionnistes abstraits". Il a enseigné au "Black Mountain College" et aux Cours d'été de Darmstadt.              MW


ˇThree Canons"        pour trois instruments        1944

ˇI  Un poco sostenuto ;  II  Allegretto grazioso ;   III   Andante”:

Ces trois pièces d'une concision Webernienne (aucune ne dépasse la minute) sont écrites dans un langage librement atonal, et font partie d'un cycle appelé "music for any instrument". Dans la première, les deux voix aiguës forment un canon à la tierce mineure,      librement accompagnées par la troisième. Dans la seconde pièce, le canon renversé se situe aux parties extrêmes, qui encadrent une voix centrale presque virtuose. La dernière pièce réunit les principe de canon simple (1° et  2° vx) et inversé (3° vx).    SB    


Georges Aperghis      (né à Athènes, en 1945) :

D'abord hésitant entre peinture et musique, il n'optera pour cette dernière qu'à son arrivée à Paris en 1963, où il s'immergera dans le milieu de la création. Ses premières œuvres  sont marquées par le post-sérialisme et par les recherches de Xénakis et Schaeffer. Suivra une production abondante de musique instrumentale et d'Opéra. Mais sa rencontre avec les univers de Cage, de Kagel et du théâtre, l'amèneront à se consacrer en priorité au Théâtre Musical : il fait collaborer musiciens et comédiens dans ses spectacles où texte et musique se côtoient et s'enrichissent l'un de l'autre. Il est le fondateur de l'ATEM (Atelier théâtre et musique)

"Signaux" pour quatuor(s) d'instruments de même timbre et tessiture      1965

Proche de l'univers de Cage et de sa liberté d'interprétation, cette partition "peut être lue en clé de sol ou de fa, les 8 pages pouvant être disposées dans le désordre. On peut superposer plusieurs quatuors, chacun commençant d'une page différente, ou de la même page, à condition que le tempo adopté par chacun soit légèrement différent". Basée sur 3 séries de 8 notes (presque) complémentaires en quarts de tons inlassablement reproduites, elle crée un type d'écoute quasi hypnotique.          SB


Karlheinz Essl      (né à Vienne en 1960) : 

Il étudie à la "Musikhochschule " de Vienne auprès de Alfred Uhl (théorie), Heinrich Schneikart (contrebasse) et Friedrich Cerha (composition) . Il obtient un doctorat de musicologie à l'université de Vienne avec une thèse sur "La pensée synthétique d'Anton Webern". Karlheinz Essl a été compositeur en résidence aux Cours d'été pour la musique nouvelle de Darmstadt en 1990.

Le travail avec ordinateur (Composition assistée par ordinateur) et son étude de la "poétique sérielle" sont les influences les plus déterminantes de sa technique de composition.


"Close the gap"         pour 3 saxophones ténors    1990

Écrite pour et créée par XASAX. Des éléments tels que flatterzunge, slaps, trilles ou notes tenues sont combinés à l'aide de l'ordinateur afin de créer une succession de "sonotypes", (évènements sonores), qui seront ensuite soumis à divers modes de transformation. L'intensité de la collision entre diverses structures et sonotypes décroît peu à peu, et se transforme en un mélange incolore de bruits, ou, selon l'expression du compositeur lui-même "une dernière et haletante tentative de s'exprimer, un essai de fuite ultime et désespérée". Cette pièce a été écrite après la 1° Guerre du Golfe. 

MW/ K. Essl

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https://xasax.bandcamp.com/album/xasax-ensemble-de-saxophones-modulable