Commencer par l’alto
FORUM des Cahiers du Saxophone, proposé par Marie-Bernadette Charrier
"Faut-il commencer l'apprentissage du saxophone par l'alto ?"
Qui ?
Jeunes élèves : pour eux, la contrainte physique est centrale dans le choix de l’instrument. La présence d’incisives définitives, la taille des membres et des doigts, la résistance de la colonne vertébrale et des muscles à l’effort soutenu doivent systématiquement être pris en compte.
Aujourd’hui il n’est pas rare de débuter des enfants de 7 ans. Mais même pour le saxophone alto, les petits doigts de chaque main peinent à atteindre les clés de grave, entraînant des torsions et déséquilibres au niveau des épaules ... et du dos !! Avec la réapparition des sopranos courbes sur le marché, (Yanagisawa, puis toute une noria d’instruments chinois), il est possible de recréer entre l’enfant et son instrument l’ergonomie d’un adulte avec un alto. Si tant est qu’on parvienne à trouver un cordon de longueur adéquate (messieurs les fabricants, un effort, s’il vous plaît !), notre jeune débutant a toutes les clés en main pour commencer dans les meilleures conditions son étude du saxophone.
Par contre, pour avoir tenté de débuter une élève très jeune sur un sopranino prêté par le conservatoire, j’ai conscience de la difficulté à porter sur le pouce droit un instrument métallique, fût-il de taille réduite. Rien à voir avec hautbois ou clarinette : la fatigue est presque instantanée (une à deux minutes, obligeant à poser le pavillon sur le pupitre) ... Les doigts d’un jeune enfant sont souvent hyperlaxes, et ne parviennent pas à maintenir l’instrument dans la durée. Inutile de dire que l’expérience aussi fut de courte durée, et le recours à un alto de remplacement envisagé dans l’urgence !
Il a longtemps été d’usage de commencer à jouer du saxophone autour de 9-10 ans ; c’est encore souvent le cas de nos jours. Dans ce cas, il est donc logique de commencer par le sax alto, qui a l’avantage d’être à la fois un instrument de taille assez réduite, tout en étant suspendu au cou par la cordelière. Ainsi, il est moins lourd que le ténor et le baryton, tout en étant plus facile à porter que le soprano (voir remarque ci-dessus).
Pour le ténor, et encore plus pour le baryton, les phénomènes de la taille des doigts et du poids de l’instrument sont des facteurs à prendre en compte, même pour des enfants de 10 à 11 ans. Plus tard tout devient envisageable, y compris de passer à un 2° instrument entre 12 et 14 ans, par exemple au moment du passage en 2° cycle. Pour les graves de la famille, on veillera simplement à bien expliquer COMMENT porter l’instrument (debout ET assis) sans risquer de s’abîmer le dos.
Adultes ou ados débutants : Ici la contrainte physique perd l’essentiel de son sens. Le débutant s’orientera le plus souvent de lui-même, parfois après avis du professeur, vers l’objet de son choix. Ce peut parfois être le ténor, plus rarement le soprano ou le baryton, pour des raisons personnelles aussi diverses que la fascination pour tel ou tel musicien de jazz, de rock (et même de musique classique parfois), ou la présence d’un instrument dans la famille (celui du grand-père ...), voire les nécessités de l’orchestre d’harmonie de l’école de musique.
Quoi ?
Mais on se heurte alors à un autre problème : quel(s) répertoire(s) aborder avec son instrument ? Les premières années d’étude se passent généralement sans besoin d’évoquer la question, car la plupart des méthodes et cahiers d’études sont jouables par tout instrument. Mais celle-ci devient cruciale dès qu’il s’agît d’envisager de jouer avec piano ou en ensemble : la marque impérialiste du sax alto prend une signification centrale dans l’orientation presque exclusive du répertoire classique vers cet instrument entre 1880 et 1970 ... ce qui représente quand même l’essentiel de ce que nous nommons notre répertoire “classique”. A l’exception notable de la musique de chambre, qui a su exploiter les membres de la famille, que ce soit au sein du Quatuor de saxophones, mais aussi des ensembles divers avec d’autres instruments. Peut-être aussi parce que la partie la plus importante de ce répertoire (Webern, Villa-Lobos, Hindemith, Honegger, Wolpe, Nono, Glass ...) s’est développée hors de France, et n’était pas destinée aux deux grands Maîtres du saxophone, Marcel Mule et Sigurd Raschèr, tous deux altistes convaincus et quasi exclusifs. Il faut également mentionner le rôle de premier plan joué par la famille des saxophones dans les orchestres à vent, reprenant à peu près les nomenclatures d’orphéons préconisées par Adolphe Sax.
Mais en fait, c’est surtout dans cette grande nébuleuse qu’on a coutume d’appeler la “musique contemporaine” que les répertoires individuels des membres de la famille du saxophone se sont réellement développés. Avec comme corollaire de nombreuses techniques à maîtriser, et des styles musicaux parfois complexes, ce qui pourrait être un frein pour l’aspirant musicien.
Mais pour revenir aux premières année d’étude, il est souvent possible pour un adulte, surtout si sa démarche se fait hors conservatoire (où les places sont rares si l’on n’est pas un jeune enfant), de commencer un apprentissage orienté vers le jazz ou les “musiques actuelles”. Dans ce cas, les répertoires sont moins balisés et tout est accessible à tous : on peut donc envisager de jouer sur n’importe quel instrument de la famille ; le ténor étant souvent plébiscité dans ce cas de figure.
Pourquoi ?
La fatalité du saxophone alto semble aujourd'hui bien dépassée. Mais une question reste cruciale : au-delà du stade de débutant, pourquoi choisir, se spécialiser ? Un des grands avantages de la famille du saxophone c’est d’être riche et diverse ... Du saxophone contrebasse au sopranissimo désormais, tout saxophoniste dispose d’une palette de possibilités d’une rare richesse, et c’est bien le diable si chacun ne trouvait de moyen d’exprimer son plaisir musical de manière variée, créative, sensible et ... inouïe !
SB
Les enfants de la famille Couesnon photographiés par Nadar.