Salvatore Sciarrino : La Bocca, i piedi, il suono

pour 4 sax solistes et 100 sax en mouvement

La pièce de Salvatore Sciarrino : La bocca, i piedi, il suono pour 4 saxophones solistes (AAAA) et 100 saxophones en mouvement, a été un des projets phares de XASAX, qui l’a donnée près de 10 fois de par le monde, dans des lieux sans cesse différents, formant un millier de saxophonistes aux techniques et attitudes particulières exigées par la pièce. Une «aventure» qui suscite des réactions variées, mais jamais l’indifférence. Ici au Royal Museum d’Edimbourg, lors du Festival 2004.


Xasax a joué «La Bocca, i piedi, il suono» de Salvatore Sciarrino à :

25/03/2001 Musée d’Amiens,

17/03/2002 Genève, Maison communale de Plainpalais, Festival Archipel

8/2/2003 Brest, Hôtel de Ville

17/11/2003 Musée d’Orsay, Festival d’Automne

24/8/2004 Royal Museum of Scotland (Festival d’Edimbourg)

25/11/2004 Grenoble MC2 (38èmes Rugissants)

2005 Köln (WDR3 Series)

11/2005 Clermont-Ferrand Festival Musiques Démesurées

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Né à Palerme en 1947, Salvatore Sciarrino s’intéresse dans son enfance aux beaux-arts. Doué d’un talent précoce, il choisit cependant la musique qu’il étudie en autodidacte, avant de suivre, dès l’âge de douze ans, l’enseignement d’Antonio Titone, puis de Turi Belfiore. En 1962, lors de la Troisième Semaine Internationale de musique contemporaine de Palerme, il est joué pour la première fois. Après ses études classiques, il vit à Rome, puis à Milan. Lauréat de nombreux prix (IGNM et Taormina en 1971, Guido Monaco en 1972, Cassado, IGNM et Dallapiccola en 1974, Anno Discografico en 1979, Psacaropoulos en 1983, Premio Italia en 1984), il dirige le Teatro Communale de Bologne (1978-1980), et enseigne dans les conservatoires de Milan, Pérouse et Florence. Il vit à Città di Castello (Ombrie). "J'ai opposé ma musique à la banalité de mon histoire et de ma figure, écrit-il. Et du reste, combien d'artistes sont restés à l'écart en se consacrant uniquement à leur travail ! Voulant justement figurer au nombre de ceux-ci, à un certain point de mon existence, j'ai fait de l'isolement un choix de méthode, j'ai délaissé la métropole et préféré l'ombre. Etre un autodidacte, ne pas être sorti du Conservatoire, constitue pour moi un beau mérite. J'ai aussi fait carrière malgré moi, et je pourrais fournir une liste de prix, d'exécutions et d'interprètes prestigieux, de commandes à venir."

Salvatore Sciarrino a composé de nombreuses œuvres de musique scénique (Morte a Venezia en 1991), vocale (Kindertotenlied en 1978, Aspern Suite en 1979, Canto degli specchi en 1981, Cantare con silencio en 1999), orchestrale (Berceuse en 1967- 68, Sonata da camera en 1971, Allegoria della notte en 1985), de musique de chambre ( Arabesque en 1971, Danse en 1975, Codex purpureus en 1983), de musique pour soliste ( De la nuit en 1971, Tre notturni Brillanti en 1975, Ai limiti della notte en 1979, Let Me Die Before I Wake en 1982, Variatione su uno spazio ricurvo en 1990), opéras ( Luci mie traditrici , créé en 1998, Macbeth en 2002 ) auxquelles il convient d’ajouter les livrets d’opéras et de nombreux écrits, parmi lesquels le livre Le Figure della musica, da Beethoven a oggi (1998). Les œuvres de Salvatore Sciarrino sont éditées par Ricordi, Milan.

A propos de «La  Bocca, i piedi, il  suono» ( 1997 )

Texte de Salvatore Sciarrino


Imaginez une musique capable de concilier des catégories opposées, telles que vide et plein, lumière et obscurité, murs et horizon, illusion et réalité. La musique commence et voici que l’ intérieur , où nous écoutons, se change en extérieur . Nous voici plongés dans une aube de sons, des appels se répondent, se croisent distincts et pourtant pas encore libérés des songes nocturnes. Qu’est-ce que le sommeil  ? le réveil  ? Des formes et des strophes nous posent des énigmes sur le destin de l’être. Un carré de solistes (quatre saxophones altos) sont disposés autour du public, mais la voix des instruments est méconnaissable. Une magie produite par des techniques inhabituelles, une magie acoustique qui affleure aux limites du silence et se transforme en un espace. Virtuosité donc  ; au sens noble du terme. Non pas bravoure, plutôt transfiguration de soi et des autres, mais tous ne sont pas en mesure d’y parvenir, du moins pas immédiatement. Tel est l’objectif que je propose aux interprètes. Entretemps les événements sonores se sont mis en mouvement, ils roulent et tourbillonnent, nous sommes en leur centre  ; ils finiront par s’enrouler simultanément dans deux directions opposées. Nous entendons soudain résonner dehors, dans une dimension extérieure, des sons d’abord isolés qui se fondent ensuite en un flux. C’est une foule de saxophones, une centaine et plus, de toutes tailles (sopranos, contraltos, ténors et barytons). La vague menace, puis déborde lentement dans l’espace : les instrumentistes entrent, sortent et entrent à nouveau, formant pour l’auditeur un flux continu de pieds, de visages, de bouches. On peut considérer cette oeuvre comme une initiation au naturalisme contemporain. Chaque exécutant apporte en effet son propre son, infime qui a cependant une responsabilité déterminante dans le résultat d’ensemble. Songez au vent qui varie parce qu’il porte le bruissement de chacune des feuilles des arbres de la vallée. Extrême fascination des sons-masses  : nuages et vols d’oiseaux, déluge de pluie issu des innombrables clés de saxophone, pulsations, forêt d’appels, silence diapré. Pour la petite histoire, La bouche, les pieds, le son a été composé en 1997 et la dernière page achevée sur un lit d’hôpital à cause d’un accident presque mortel. L’œuvre a pourtant fait la réouverture du Théâtre de Chiaravalle, au jour dit, tandis que je revenais à la vie. Les solistes étaient Leonardo Sbaffi, Marco Bontempo, Gianluca Pugnaloni, Daniele Berdini, qui ne s’appelaient pas encore le Lost Cloud Quartet. L’œuvre leur est dédiée. (traduit de l’italien par Chantal Moiroud)


Une centaine (et plus) de "saxophonistes en mouvement”

Tentative de rapprochement entre auditeurs pris au cœur du phénomène sonore et interprètes en mouvement.

D'après Pierre-Stéphane Meugé, Xasax


Quatre saxophones solistes (altos) sont placés “autour” du public librement réparti dans la nef du Musée d'Orsay. Après une dizaine de minutes de musique jouée par le quatuor, les 150 saxophonistes (répartis approximativement en 30 sopranos, 75 altos, 30 ténors et 15 barytons) investissent peu à peu l'espace public, se mêlant aux auditeurs, marchant très lentement, jouant très doucement*. Ils traversent ainsi toute la salle, puis la quittent mais pour y revenir encore à plusieurs reprises, créant un flux incessant de saxophonistes au cœur du public tout au long des dernières vingt minutes de l'œuvre. Contrairement à la partition du quatuor soliste, qui est notée avec une extrême précision, la partie à jouer par les 150 saxophonistes est d'une grande simplicité et de fait, s'adresse également aux très jeunes musiciens ; elle est parfaitement réalisable après une année ou deux de pratique de l'instrument. Elle ne nécessite pas de savoir lire la musique. Il s'agit seulement de produire quatre effets sonores très Dossier de presse Musique Festival d’Automne à Paris 2003 – page 7 simples, à jouer toujours pianissimo, selon un ordre préétabli, et donc à retenir par cœur (il n'y a pas de partition). C'est une expérience unique, riche d'émotions, dans laquelle le phénomène sonore de masse acquiert une force inattendue compte tenu de la dynamique extrêmement ténue de chacun. La musique délicate et raffinée de Salvatore Sciarrino (qui connaît fort bien le saxophone) confère à l’œuvre une dimension quasi - hypnotique, proposant au public et aux musiciens de participer à une magnifique aventure musicale. * Les saxophonistes en mouvement interviennent après environ 15 minutes de musique jouée par le quatuor de solistes. Ils sont d'abord hors de la vue du public et jouent ainsi pendant une quinzaine de minutes. Dans le dernier tiers de l'œuvre, ils traversent à plusieurs reprises l'espace public en jouant 

Sciarrino : La Bocca - Préparation


Une pièce de l’envergure de celle-ci nécessite un long travail de préparation des intervenants, ceux-ci étant rarement aguerris à jouer le type de sons extrêmement doux demandés par le compositeur.

De plus, les intervenants doivent jouer en deux fois, la première hors de vue du public (ce qui nécessite un lieu propice à ce genre d’effet), puis en déambulation calme et continue, apportant individuellement de petits fragments de message sonore aux oreilles individuelles de chaque personne du public. Ce qui nécessite également une préparation pour éviter que le niveau sonore monte en boucle.


Choix de lieu de concert :

    Vaste

    Pas de sièges fixes

    Espaces intérieur (public/solistes) extérieur (100 sax)

    Entrée et sortie opposées (et possibilités de passer de l’une à l’autre par l’extérieur)


Déroulement de la préparation :


    1° intervention XASAX (2 mois avant) : rencontre avec les professeurs, puis travail avec des groupes-témoins de qqs élèves (45'). Groupes de niveau de préférence. (CI, CIII, ... professeurs). Initiation à la réalisation des différents sons et effets, des nuances extrêmes.

Il est bon que les professeurs assistent aussi à une session de travail ultérieure.


    2° intervention : 1 mois ou 15 jours avant.   

A) Travail avec de petits groupes de 5 à 10 élèves (1h). Groupes de niveau de préférence. (débutants, CI, CII, CIII, ...). avec professeurs ?

B) Travail avec groupes plus importants (20 à 30) pour les nappes et révision des sons.


    3° intervention : Générale ou pré-générale en mouvement, si possible dans le lieu du concert. (par ex la veille ou qqs jours avant). Tutti.


    4° intervention : Générale avec solistes le jour du concert


Equipement :


    4 estrades pour les solistes

    5 pupitres solides (dont 1 pour le coordinateur)

    5 lampes individuelles (ou projecteurs)

    Eclairage de la procession traversant la salle (flux continu de 100 sax)


Encadrement des participants (surtout enfants) :


    Prévoir le jour du concert : 3 à 6 personnes pour encadrer les enfants avant , pendant la répétition, entre celle-ci et le concert, pendant et après le concert.

    1 goûter entre générale et concert

Critiques de Presse

La Bocca ...